Les enfants, victimes oubliées du changement climatique

Les enfants, victimes oubliées du changement climatique

Partout dans le monde, le changement climatique frappe durement, transformant des régions en proies à des sécheresses impitoyables ou à des inondations dévastatrices menaçant les populations les plus vulnérables, en particulier les enfants et les adolescents notamment  des pays en voie de développement qui payent un prix disproportionné. Privés d’école lors d’événements climatiques extrêmes, ces enfants et adolescents voient leur avenir compromis. Pourtant, malgré des engagements internationaux répétés, leur protection spécifique reste marginale dans les politiques climatiques.

Cet article explore en profondeur l’impact du changement climatique sur les enfants, les avancées des négociations internationales sous la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, ainsi que les solutions pour protéger les droits des plus jeunes face à cette crise mondiale.

Une vulnérabilité disproportionnée, une protection insuffisante

Le changement climatique n’est pas seulement une menace environnementale ; il constitue aussi une crise humanitaire qui frappe de plein fouet les populations les plus fragiles, notamment les enfants. Selon les données des Nations Unies, les enfants représentent environ un tiers de la population mondiale, et plus de la moitié dans les pays les plus vulnérables aux impacts climatiques, ils représentent plus de la moitié des habitants. Leur vulnérabilité est accentuée par des facteurs physiologiques, développementaux et socio-économiques. Par exemple, les catastrophes climatiques comme les inondations, les cyclones ou les vagues de chaleur perturbent l’accès à l’éducation, à la santé et à la sécurité alimentaire. En 2022, l’UNICEF a rapporté que 40 millions d’enfants dans le monde ont été privés d’école en raison d’événements climatiques extrêmes, un chiffre alarmant qui souligne l’urgence d’agir.

Depuis 1995, les Conférences des Parties (COP) de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) ont progressivement reconnu la nécessité de protéger les enfants. Une analyse des décisions des COP( Conférence des Parties) , CMP( réunion des Parties au Protocole de Kyoto) et CMA( réunion des Parties à l’Accord de Paris) 

Une analyse des décisions prises entre 1995 et 2024 révèle une évolution en trois phases distinctes :

  • 1992-2010 : Mentions sporadiques ,  Les références aux enfants étaient rares et souvent regroupées avec celles des jeunes, sans distinction claire. Par exemple, la décision 11 de la Conférence des Parties 8 (New Delhi, 2002) a mentionné les jeunes comme public prioritaire pour l’éducation climatique, mais sans différencier les enfants.
  • 2010-2016 : Montée en puissance,  La décision 1 de la Conférence des Parties 16 (Cancún, 2010) a marqué un tournant en reconnaissant explicitement les enfants comme un groupe vulnérable nécessitant une protection particulière face aux impacts climatiques.
  • 2018-2024 : Mentions stratégiques,  Les références aux enfants se sont multipliées, avec 123 mentions du terme « jeunesse », 77 du terme « enfants » et 13 du terme « filles » dans les décisions des Conférences des Parties, des Conférences des Parties servant de réunion des Parties au Protocole de Kyoto et des Conférences des Parties servant de réunion des Parties à l’Accord de Paris. La décision 1 de la Conférence des Parties servant de réunion des Parties à l’Accord de Paris 5 (Dubaï,2023) a appelé à un dialogue technique multilatéral sur les impacts disproportionnés du changement climatique sur les enfants, une avancée significative.

Malgré ces progrès, des lacunes subsistent comme l’utilisation indiscriminée des termes « enfants » et « jeunesse » dans les décisions des COP, CMP et CMA, ce qui crée une confusion qui nuit à l’élaboration de politiques spécifiques. Les enfants, définis par la Convention relative aux droits de l’enfant comme toute personne de moins de 18 ans, ont des besoins distincts des jeunes en termes de protection, d’éducation et de participation. Cette absence de différenciation a freiné la mise en place d’indicateurs climatiques adaptés à l’âge, de mécanismes d’écoute appropriés et de financements ciblés. Par exemple, la décision 3 de la Conférence des Parties servant de réunion des Parties à l’Accord de Paris 6 (Bakou, 2024) a insisté sur la nécessité d’indicateurs axés sur la santé et l’éducation des enfants, mais leur mise en œuvre reste limitée.

Huit axes thématiques structurent l’intégration des droits des enfants dans les négociations climatiques :

  • Vulnérabilité et protection : Depuis la décision 1 de la COP 1 (Berlin, 1995), les enfants sont reconnus comme un groupe vulnérable nécessitant une protection face aux impacts climatiques.
  • Participation et autonomisation : La décision 16 de la COP 28 (Dubaï, 2023) a institué le rôle de « Champion de la jeunesse pour le climat », visant à renforcer la participation des enfants et des jeunes.
  • Justice climatique et équité intergénérationnelle : L’Accord de Paris (décision 1 de la COP 21, 2015) lie les engagements climatiques aux droits humains et à l’équité intergénérationnelle.
  • Éducation climatique : La décision 18 de la COP 26 (Glasgow, 2021) promeut des programmes éducatifs adaptés aux enfants pour renforcer leur résilience.
  • Indicateurs, données et suivi : La décision 3 de la COP servant de réunion des Parties à l’Accord de Paris 6 (Bakou, 2024) souligne l’importance des indicateurs spécifiques aux enfants.
  • Adaptation et résilience communautaire : La décision 1 de la COP 27 (Sharm el-Sheikh, 2022) reconnaît les enfants comme « agents de changement » dans l’adaptation communautaire.
  • Financement climatique : La décision 1 de la COP servant de réunion des Parties à l’Accord de Paris 6 (Bakou, 2024) appelle à inclure les enfants comme bénéficiaires prioritaires des financements climatiques.
  • Savoirs traditionnels : La décision 16 de la COP 26 (Glasgow, 2021) encourage l’intégration des connaissances traditionnelles des enfants autochtones dans les actions climatiques.

Pour l’avenir, des stratégies concrètes sont proposées pour intégrer les droits des enfants dans les négociations climatiques et  dans l’adaptation, il est recommandé d’inclure des indicateurs spécifiques aux enfants dans les plans nationaux d’adaptation (PNA) et de financer des projets comme la réhabilitation des écoles avec des solutions basées sur la nature.

Dans le domaine du genre, le Plan d’action pour le genre (GAP) devrait reconnaître les filles comme des enfants avec des vulnérabilités spécifiques, et non seulement comme de futures femmes, avec des données désagrégées par âge et genre. Le financement climatique, via le Nouvel objectif collectif quantifié (NCQG), doit prioriser les enfants comme bénéficiaires, avec des ressources allouées à des projets éducatifs et de résilience communautaire. Enfin, le programme d’action pour l’autonomisation climatique (ACE) devrait inclure des plans nationaux avec des cibles spécifiques pour les enfants, renforçant leur rôle comme acteurs du changement.

Face à la montée des catastrophes climatiques, les enfants ne sont pas seulement des victimes ; ils sont aussi des acteurs de changement, porteurs d’espoir et d’innovation. Les progrès dans les négociations de la CCNUCC montrent une prise de conscience croissante, mais il reste urgent d’agir. 

En plaçant les droits des enfants au cœur des politiques climatiques, nous pouvons non seulement protéger les plus vulnérables, mais aussi bâtir un avenir où la justice intergénérationnelle devient réalité. Imaginez un monde où chaque enfant, même dans les régions les plus touchées, a accès à une éducation climatique, à des écoles résilientes et à une voix dans les décisions qui façonnent son avenir. 

Alors que la COP30 s’annonce à Belém, les États ont l’occasion de sortir des discours et de tracer une voie où chaque argent, chaque politique, chaque décision place l’enfance au cœur de la justice climatique. Le temps presse : d’ici 2050, 250 millions d’enfants supplémentaires pourraient souffrir de malnutrition aiguë à cause des dérèglements climatiques (OMS). La question n’est plus si nous agirons, mais comment nous oserons enfin le faire. Protéger les enfants aujourd’hui, c’est sauver notre avenir commun.

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