PROJET NYINA W’ITERAMBERE, Renforcement des capacités psychosociales des femmes déplacées

PROJET NYINA W’ITERAMBERE, Renforcement des capacités psychosociales des femmes déplacées

Dans un contexte marqué par la vulnérabilité, les traumatismes et la fragilisation du tissu social, investir dans la santé mentale et la cohésion communautaire devient une priorité stratégique pour toute action de relèvement durable. 

C’est dans cette perspective que ISHAKA 2250, avec l’appui financier de l’ambassade de France au Burundi, a organisé du 10 au 11 février 2026 un atelier de formation à l’intention de 30 femmes et filles paires éducatrices issues des groupements bénéficiaires du projet NYINA W’ITERAMBERE, hébergées sur le site des déplacés de Mutambara 3.

Placée sous le thème : “La santé mentale en situation de crise, une écoute active et un accompagnement psychosocial des victimes pour restaurer une résilience communautaire réussie”, cette formation s’inscrit dans une approche intégrée visant à renforcer simultanément le bien-être psychosocial et l’autonomisation socio-économique des femmes vulnérables.

Des femmes déplacées climatiques confrontées à une rupture brutale de leur environnement

Les participantes à cette formation sont pour la plupart des femmes déplacées climatiques, des femmes contraintes de quitter leurs maisons, leurs biens, leurs terres et leurs repères sociaux à la suite des inondations répétées provoquées par la montée des eaux du lac Tanganyika, exacerbée par le changement climatique.

Selon la matrice de suivi des déplacements de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 52 000 personnes ont été affectées par les inondations liées à la montée du lac Tanganyika au Burundi, et près de la moitié d’entre elles ont été déplacées à l’intérieur du pays. Ces déplacements ont particulièrement touché les communautés riveraines dont les moyens de subsistance dépendent de l’agriculture et de l’accès à la terre.

Plus largement, dans le contexte des fortes pluies de l’année 2024, exacerbées par le phénomène climatique El Niño, les inondations ont affecté près de 204 000 personnes à l’échelle nationale, avec une augmentation d’environ 25 % du nombre de personnes déplacées internes (près de 96 000 individus), selon des données de coordination humanitaire des Nations unies.

Ces données illustrent que les catastrophes d’origine climatique représentent une part prépondérante des déplacements internes au Burundi, un pays identifié par l’OIM comme fortement vulnérable aux effets du changement climatique et aux aléas hydrométéorologiques.

Pour ces femmes, le déplacement ne représente pas simplement une perte matérielle, mais une rupture profonde avec leur mode de vie, leurs réseaux de solidarité, leurs activités économiques habituelles et leur identité sociale. La perte des terres cultivables, des maisons et des infrastructures communautaires a non seulement mis en péril la sécurité alimentaire des ménages, mais a aussi fragilisé des structures de soutien social essentielles.

Un contexte nécessitant une réponse psychosociale structurée

Ces femmes bénéficiaires du projet ont traversé des situations de crise ayant engendré des traumatismes profonds et ces expériences ont affecté leur estime de soi, leur stabilité émotionnelle et leur capacité à s’engager durablement dans des activités génératrices de revenus (AGR). Or, l’autonomisation économique ne peut être pleinement efficace sans une base solide de bien-être mental et de cohésion sociale.

C’est pourquoi le projet NYINA W’ITERAMBERE a intégré un volet structuré d’accompagnement psychosocial, misant sur une approche de proximité à travers des paires éducatrices issues elles-mêmes de la communauté déplacée.

Ces paires éducatrices jouent un rôle stratégique : elles constituent un relais de confiance, capable d’assurer une écoute active, d’identifier les situations critiques et de favoriser la solidarité au sein des groupements.

L’objectif général de la formation était de renforcer les compétences des pairs éducateurs en matière de soutien psychosocial et de promotion du bien-être communautaire.

Plus spécifiquement, l’atelier a permis de :

  • Approfondir la compréhension de la santé mentale en situation d’urgence ;
  • Analyser les effets des traumatismes psychosociaux sur le comportement, la motivation et les dynamiques collectives ;
  • Explorer les besoins humains fondamentaux à travers la pyramide de Maslow et leur lien avec la reconstruction personnelle ;
  • Développer des compétences pratiques en écoute active, gestion des émotions et communication non violente ;
  • Renforcer les capacités en gestion des conflits et en cohésion sociale ;
  • Mettre en place des mécanismes simples, accessibles et durables de soutien psychosocial communautaire ;
  • Apprendre à identifier et référer les cas nécessitant une prise en charge spécialisée.

Cette approche vise non seulement à soutenir les bénéficiaires actuelles, mais également à créer un noyau de leadership féminin capable d’impulser un changement durable au sein du site.

La formation, animée par un psychologue clinicien, Monsieur Christophe Armel ARAKAZANDORUWANKA, a adopté une méthodologie participative et interactive. L’apprentissage s’est appuyé sur :

  • Des exercices pratiques et mises en situation ;
  • Des jeux dynamiques utilisant des outils pédagogiques variés (ballons, corde, supports visuels) ;
  • Des échanges d’expériences et témoignages ;
  • Des séances de relaxation et de gestion du stress ;
  • Des outils d’évaluation tels que des pré-tests et post-tests.

Cette démarche a permis aux participantes de s’approprier concrètement les concepts abordés et de repartir avec des outils immédiatement applicables dans leurs groupements. Elle a également favorisé un espace sécurisé d’expression et de reconstruction collective.

À l’issue des deux jours, les participantes ont démontré une meilleure compréhension des enjeux liés à la santé mentale en contexte de crise. Elles disposent désormais de compétences renforcées pour :

Offrir un accompagnement psychosocial de base ;

  • Promouvoir la solidarité et la cohésion sociale ;
  • Encadrer efficacement les groupements de soutien ;
  • Identifier les cas nécessitant une référence vers des services spécialisés.

Au-delà des connaissances acquises, la formation a contribué à restaurer la confiance en soi des participantes et à renforcer leur posture de leadership au sein de la communauté.

Face aux impacts croissants du changement climatique et à la montée des eaux du lac Tanganyika, ces femmes ne se définissent plus uniquement comme victimes, mais comme actrices de résilience.

En investissant dans leur santé mentale, leur leadership et leur solidarité, le projet NYINA W’ITERAMBERE contribue à bâtir une réponse communautaire durable aux défis climatiques, une réponse ancrée dans la dignité, la cohésion sociale et l’espoir.

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