Climate Pitching Contest: Quand l’art et l’innovation écrivent la réponse climatique
Ce mercredi 10 décembre 2025, l’Institut Français du Burundi s’est transformé en un véritable laboratoire d’idées et d’émotions à l’occasion du premier Climate Pitching Contest, organisé par l’organisation ISHAKA 2250, sous le thème de la créativité au service du climat, l’événement a donné la parole à une jeunesse burundaise audacieuse, inventive et résolument tournée vers l’action.
Au cœur de cette initiative : un constat alarmant, le Burundi fait face à des sécheresses prolongées, des inondations destructrices et une érosion accélérée des sols. Dans un pays où plus de 80% de la population vit de l’agriculture, la crise climatique n’est pas une abstraction, mais une menace tangible pour la sécurité alimentaire et la stabilité des communautés rurales.
« Nous avons atteint un point où il ne suffit plus de présenter des chiffres, mais de les faire ressentir, de les incarner », a lancé Audry RUSANGWA, Directeur exécutif d’ISHAKA 2250, dans son mot d’ouverture. Climate Pitching Contest est né de cette philosophie : mobiliser la raison, mais aussi le cœur.
Trois univers, une même mission : agir
L’événement s’est articulé autour de trois séquences complémentaires :
une compétition de projets innovants, un festival artistique engagé et un panel d’experts pour décrypter les enjeux climatiques du pays.
L’innovation au service de la résilience
Sur scène, de jeunes entrepreneurs ont enchaîné les pitchs éclair, dévoilant des solutions locales et concrètes :
– systèmes d’énergie solaire adaptés aux zones rurales,
– applications numériques pour la collecte intelligente des déchets,
– techniques d’agroécologie régénérative,
– dispositifs de recyclage du plastique à impact social.
Ici, l’innovation ne se limite pas à la technologie, elle devient un levier de résilience, de création d’emplois verts et d’adaptation collective face au dérèglement climatique.
Quand l’art fait vibrer la conscience climatique
Lorsque la science informe, l’art, lui, transforme, les murs de l’Institut Français ont résonné des mots d’un slameur en colère contre l’injustice climatique, tandis qu’une troupe de théâtre-forum interpellait le public sur la déforestation et les inondations récurrentes.
« Les statistiques sur les émissions de gaz à effet de serre passent, mais le ressenti, lui, reste. Une chorégraphie peut marquer les esprits plus profondément qu’un rapport», a estimé Hugo Brandam, chargé de la réduction des risques de catastrophes à l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM).
« Convaincre, c’est utiliser la logique et les arguments tandis que Persuader, c’est toucher aux sentiments. Pour le climat, il nous faut les deux» a analysé M. Hugo Brandam
Cette dimension artistique a donné toute sa force à l’événement, rappelant que la mobilisation climatique passe aussi par l’émotion et la création collective.
Des experts unis pour transformer la parole en action
Le troisième temps fort a réuni autour d’une table des experts de premier plan dans un pannel :
- M. Christian Nimubona, Responsable de l’action adaptation et atténuation au changement climatique au Ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage (MINEAGRIE0
- M. Hugo Brandam (OIM), chargé de la réduction des risques de catastrophes et de l’adaptation au changement climatique
- Mme Aliane Nahimana, spécialiste de programme (Climat & Environnement) à l’UNICEF Burundi
- Audry RUSANGWA, Directeur Exectif de l’ONG ISHAKA 2250
Ensemble, ils ont analysé comment traduire les notions d’atténuation et d’adaptation du changement climatique en actions concrètes pour les communautés. « L’atténuation et l’adaptation ne sont pas des opportunités, ce sont des réactions obligatoires face à un danger réel. Les opportunités, ce sont les ressources financières mises à disposition pour nous permettre d’agir », a rappelé Christian Nimubona, du ministère de l’Environnement.
Il a insisté sur le rôle du Burundi, faible émetteur mais grande victime du changement climatique, et sur la nécessité de saisir les financements internationaux destinés aux pays vulnérables.

De son côté, Mme Aliane Nahimana a rappelé la transversalité de l’enjeu : « Le climat affecte tous les droits de l’enfant, l’éducation, la santé, la protection. Notre rôle est de protéger les enfants des impacts actuels du changement climatique et de les préparer au futur sur »
Enfin, Audry RUSANGWA a pointé un enjeu clé : le déficit de lisibilité des jeunes vis-à-vis des mécanismes de financement climatique. « Les jeunes parfois ne savent s’ils travaillent dans l’adaptation ou l’atténuation. Cette confusion les empêche de se positionner dans les calendriers et mécanismes de financement climatique. Il y a des fenêtres d’opportunité qui se ferment sans que la jeunesse n’en profite. »
Une génération qui refuse la fatalité
Cinq jeunes innovateurs ont été primés pour leurs projets remarquables allant des plateformes numériques pour la prévention des catastrophes à des solutions artistiques de sensibilisation communautaire. Ces lauréats incarnent la preuve vivante que la jeunesse Burundaise ne subit pas la crise : elle la transforme en opportunité de changement. « Par vos idées et vos talents, vous privez la peur de son pouvoir et montrez que chaque action compte », a conclu Christian Nimubona, dans un ton d’espoir et de détermination.
Le Climate Pitching Contest s’achève ainsi comme une promesse : celle d’un nouvel écosystème où l’art, la science et l’innovation s’allient pour faire du Burundi un acteur résilient et inspirant dans la lutte climatique mondiale.